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L'OURS ET LE ROITELET
écrit par les Frères Grimm (1875)
Un jour l'ours et le loup se promenaient dans le
bois. L'ours entendit le chant d'un oiseau. « Frère
loup, demanda-t-il, quel est ce beau chanteur?
C'est le roi des oiseaux, répondit le loup ; il
faut le saluer. »
C'était en effet le roitelet. « S'il en est ainsi,
dit l'ours, Sa Majesté doit avoir un palais; fais-le moi
voir.
Cela n'est pas si facile que tu penses, répliqua
le loup ; il faut attendre que la reine soit rentrée. »
La reine arriva sur ces entrefaites; elle et le roi tenaient à
leur bec des vermisseaux pour nourrir leurs petits. L'ours les
aurait volontiers suivis, mais le loup le retint par la manche
en disant : « Non, attendons qu'ils soient ressortis. »
Ils remarquèrent seulement l'endroit où se trouvait
le nid, et passèrent leur chemin.
Mais l'ours n'avait pas de cesse qu'il n'eût vu le palais
du roi des oiseaux ; il ne tarda pas à y retourner. Le
roi et la reine étaient absents ; il risqua un coup d'oeil
et vit cinq ou six petits couchés dans le nid. «
Est-ce là le palais? s'écria-t-il; c'est un triste
palais; et pour vous, vous n'êtes pas des fils de roi, mais
d'ignobles petites créatures. »
Les petits roitelets fut très courroucés en entendant
cela, et ils crièrent de leur côté : «
Non, ours, nous ne sommes, pas ce que tu dis ; nos parents sont
nobles, tu payeras cher cette injure. » A cette menace,
l'ours et le loup, pris de peur, se réfugièrent
dans leurs trous.
Mais les petits roitelets continuaient à crier et à
faire du bruit; ils dirent à leurs parents qui leur rapportaient
à manger : « L'ours est venu nous insulter; nous
ne bougerons pas d'ici et nous ne mangerons pas une miette jusqu'à
ce que vous ayez rétabli notre réputation.
Soyez tranquilles, leur dit le roi, votre honneur sera
réparé. » Et, volant avec la reine jusqu'au
trou de l'ours, il lui cria : «Vieux grognard, pourquoi
as-tu insulté mes enfants? Il t'en cuira, car nous allons
te faire une guerre à mort. »
La guerre était déclarée; l'ours appela à
son secours l'armée des quadrupèdes, le buf,
la vache, l'âne, le cerf, le chevreuil et tous leurs pareils.
De son côté, le roitelet convoqua tout ce qui vole
dans les airs, non seulement les oiseaux grands et petits, mais
encore les insectes ailés, tels que mouches, cousins, abeilles
et frelons.
Comme le jour de la bataille approchait, le roitelet envoya des
espions pour savoir quel était le général
de l'armée ennemie. Le cousin était le plus fin
de tous ; il vola dans le bois à l'endroit où l'ennemi
se rassemblait, et se cacha sous une feuille d'un arbre auprès
duquel on délibérait. L'ours appela le renard et
lui dit : « Compère, tu es le plus rusé de
tous les animaux ; c'est toi qui seras notre général.
Volontiers, dit le renard, mais de quel signal conviendrons-nous?
» Personne ne dit mot. « Eh bien! continua-t-il, j'ai
une belle queue longue et touffue comme un panache rouge : tant
que je la tiendrai levée en l'air, les choses iront bien
et vous marcherez en avant; mais si je la baisse par terre, ce
sera le signal de sauve qui peut. »
Le cousin, qui avait bien écouté, revint raconter
tout de point en point au roitelet.
Au lever de l'aurore, les quadrupèdes accoururent sur le
champ de bataille en galopant si fort que la terre en tremblait.
Le roitelet apparut dans les airs avec son armée qui bourdonnait,
criait, volait de tous côtés de façon à
donner le vertige ; on s'attaqua avec fureur. Mais le roitelet
dépêcha le frelon, avec ordre de se planter sous
la queue du renard et de le piquer de toutes ses forces. Au premier
coup d'aiguillon, le renard ne put s'empêcher de faire un
bond, mais en tenant toujours sa queue en l'air; au second, il
fut contraint de la baisser un instant; mais au troisième,
il n'y put plus tenir, et il la serra entre ses jambes en poussant
des cris perçants. Les quadrupèdes, voyant cela,
crurent que tout était perdu, et commencèrent à
s'enfuir chacun dans son trou : et ainsi les oiseaux gagnèrent
la bataille.
Le roi et la reine volèrent aussitôt à leur
nid et s'écrièrent : « Nous sommes vainqueurs,
enfants, buvez et mangez joyeusement.
Non, dirent les enfants, il faut d'abord que l'ours vienne
nous faire des excuses et déclarer qu'il reconnaît
notre noblesse. »
Le roitelet vola donc au trou de l'ours et lui dit : « Vieux
grognard, tu vas venir faire des excuses devant le nid de mes
enfants, et leur déclarer que tu reconnais leur noblesse;
autrement, gare à tes côtes! » L'ours effrayé
arriva en rampant et fit les excuses demandées. Alors enfin
les petits roitelets furent apaisés, et ils festinèrent
gaiement toute la soirée.
fin
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